|
|
|
|
 |
<< Se réveiller aux alentours de 8 heure, après une nuit de sommeil bien souvent agitée. Se lever péniblement, déjà tout en sueur, la faute à la chaleur. S'habiller, s'apprêter, se maquiller, uriner. La tête toujours dans l'postérieur.
"Ohayo!" Descendre prendre le petit déjeûner, toasts ou cornflakes, avec le p'tit frère planté d'vant la télé.
8h30~8h40.
"Ittekimasu~!"
Enfourcher son vélo, engin que l'on boudait auparavant depuis quelques 3 - 4 ans. La selle est déjà brûlante.
Foncer plus vite que le vent, appréciant les souffles qui soulagent par un temps chaud déjà insoutenable.
Respirer l'air à grandes bouffées. En savourer le goût.
Ecouter les cigales s'agitant en grandes chorales de hurlements... Qui vous bousillent les tympans.
Traverser les petites ruelles commerciales où les marchands installent leurs étals, tandis que les magasins sont eux toujours fermés.
Parquer le vélo. 150¥.
Station de métro. 160¥. Arriver sur le quai, et chance oblige, avoir les portes du métro qui s'referment parfois juste devant votre nez... Patienter.
Chercher un wagon où se trouve beau jeune homme, avoir de quoi matter. Être futile n'est pas un mal...
"Shigino! Shigino desu!" Sortir, gauche, 5 mètres, changer de station pour le subway. 200¥. Même cirque.
Sekime Seiiku. Marcher jusqu'à l'école. S'arrêter en chemin, au combini du coin s'occuper tandis que le feu est au rouge : ach'ter son jus d'pomme du matin.
Des pancartes vous accueillent, hurlant "welcome" dans toutes les langues. Il n'y a pas cours, vacances d'été oblige. Se diriger vers le kendo club pour y passer la matinée...
Matinée bien souvent reposante, le club de kendo étant d'une intensivité à la hauteur de votre sportivité. Pratique 5 minutes pour pause de 20 minutes... Et certains jours, même aucune pratique, la tenue de kendo n'étant parfois pas enfilée. Jeux débiles, glace pillée, ou simplement ennui.
L'après-midi, activités diverses entre amis : karaoké, shopping, game center, purikura... Ou simplement rentrer chez soi.
Même trajet, sens inverse.
Subway.
"The next station is Shigino, station number I19. Please change here for the JR Line."
Effectuer le changement.
Maisons, buildings, shoppings centers, industries, ponts d'autoroute et compagnie... Admirez le même paysage par la fenêtre du métro, baignant dans une luminosité de soleil couchant, au ciel emprunt de jolies couleurs, ou étant déjà plongé dans l'obscurité de la nuit tombée. Tout dépend de l'heure à laquelle vous rentrez.
Idem pour le trajet en vélo. Alentours de 7 heures, des gens partout dans les ruelles et des galères pour rouler à son rythme.
Alentours de 9 - 10 heures, obscurité, personne dans les avenues aux magasins fermés.
Emprunter le même chemin de promenade longeant les quartiers de chinois japonais, en appréciant toujours le paysage.
"Tadaimaaa!"
Aider à mettre la table, regarder la télé, manger, prendre son bain, jouer avec les gosses. Se débattre en riant lorsqu'ils essayent de regarder ma culotte ou de faire "Pouet Pouet" sur mes nichons, imiter Sadako rampant et les attraper pour les chatouiller, faire des combats d'épée, éviter les "hikooki" en papier... Puis aller au lit, crevée, s'endormant bercée par le ventilateur s'agitant juste devant mon visage.
Et le lendemain matin, tout recommence. Encore. >>
J'aurais voulu que ça ne prenne réellement jamais fin.
J'm'y étais habitée, à mon nouveau quotidien...
Tout est passé trop vite. Juste le temps de r'garder un métro express passer devant votr' nez, continuant son ch'min sans deigner s'arrêter.
Metro express à Konoike Shinden.
Tout a malheureusement une fin, même le meilleur... Après 5 semaines de bonheur et de joie, il faut bien retourner chez soi.
Le stress débute la veille.
Vol national : Une valise max. 15 kilos, deux bagages à main max. 10 kilos chacun. Vol international : une valise max. 15 kilos, un seul bagage à main autorisé.
Wtf, à l'allée c'était 20. Et catastrophe. Ma valise en fait 25 je ne sais pas la refermer je dois laisser mes chaussures dehors mon trolley est plein et pèse près de 15 kilos mon sac à dos est bien trop lourd et j'ai encore des choses que je ne sais pas caser. J'ai tenté de savoir pendant une heure avec ma mère combien coûtait un kilo supplémentaire, j'ai fait choux blanc.
J'abandonne produits de beauté dictionnaires guide essui paire de chaussure et autres affaires.
Matin. Tôt, trop tôt. Deux paires de bas, un pantalon, deux t-shirts, deux gilets, ma veste, le plus d'accessoires possibles, mon chapeau.
Valise trop lourde, trolley, sac à dos, mini-sac fraise bandouillère et sac plastique contenant ma boîte à chaussure et quelques autres machins.
La tête brumeuse. Les enfants s'endorment sur mes genoux dans la voiture. Et moi, je regarde une ultime fois les paysages japonais, gratte-ciels et hauts buildings qui défilent derrière la vitre. Il n'est même pas encore 5 heures, et le soleil se lève déjà sur un ciel bleu limpide et finement coloré par endroit. Beignant les paysages déjà chargés de nostalgie dans une luminosité bien trop belle... On se croirait dans un film, lorsque la route défile devant les yeux teintés de larmes d'une quelconque héroïne.
Arrivée à l'aéroport encore fermé. Il s'ouvre, je suis ma mère pour le check-in des bagages. J'ouvre l'enveloppe de YFU, elle me demande où est le ticket, je dis qu'il n'y en avait pas et que les quelques papiers là sont tout ce que contenait l'enveloppe, elle me dit qu'il DOIT y avoir un ticket.
Enorme coup de stress, j'ai envie de pleurer. On retrouve une responsable de YFU, c'est elle qui l'avait, mon ticket. Quand j'disais que l'enveloppe n'en contenait pas...
On achète à manger et on avale nos sandwiches sur les chaises de l'aéroport, en aillant nos dernières discussions.
Puis vient le temps de l'embarquement. J'avais tenu jusque là, je n'y tiens plus : je fonds en larme. Et c'est les yeux gonflés, les joues mouillées, le nez rougé, hoquetant faiblement et reniflant, que je leur ai fait mes adieux... Enlacements, promesse d'un retour prochain. "See you later, aligator!" "After a while, crocodile!"
Quelques derniers signes d'adieu tout en faisant la file, puis je disparaîs me faire tripoter et fouiller de partout parce qu'une fois de plus j'ai sonné en passant leurs foutus vérificateurs de mes deux...
J'ai un temps de retard sur les autres du groupe, je file donc vite-fait vers ma Gate, et ne les y trouve pas. Tant pis, je donne mon ticket et m'installe, parvenant à stresser quant au "suis-je bien dans le bon avion je vois pas les autres c'est pas normal?". Je m'inquiète souvent pour rien... Ils finissent par arriver, l'avion fini par décoller, et j'oublie ma tristesse en discutant avec mon voisin.
Avions / Le Japon vu de haut...
La compagnie d'avion a un trip spécial Pokémon, lorsque mon voisin n'a enfin plus rien à me dire, je prends timidement mes écouteurs pour regarder les aventures de Pikachu, de Miaouss, de Marill qui est trop chou quand il s'énèrve, et autres compagnons. Sourires futiles.
Puis l'avion rejoint le sol Tokyoïte...
Tokyo!
Récupération valisesque, on rejoint le reste du groupe, et quand tout le monde est là, on prend un bus pour changer d'aéroport.
Je suis surchargée avec mes bagages, fort heureusement le gentil jeune homme de YFU m'aide à tirer ma valise lorsque je dois abandonner mon chariot... Check-in sans problème à Osaka malgré mes surpoids de bagage, aucun problème non plus à Tokyô. Soupir de soulagement.
Après le check-in, avec deux autres, on arrive à se paumer dans l'aéroport et on tourne en rond pour retrouver le reste du groupe tandis que ma main me brûle portant un sac plastique contenant boite à chaussures + sac à dos (pour feinter sur le nombre de bagages à main "pour au cas où"). On s'y retrouve enfin, on dit "bye bye!" aux japonais YFUiens, et on passe de l'autre côté où je re-sonne bah voyons. (D'ailleurs, notez qu'au Japon les chaussures platforms font partie des choses qui doivent normalement être vérifiées au même titre que les sacs, genre qu'on cacherait un couteau au fond ou que sais-je, hum... Ca m'avait fait sourire en voyant l'annonce sur un panneau.)
Moment d'attente, embarquement. Et c'est parti pour une petite douzaine d'heures de vol... Dormir, jouer au Game Boy, discuter avec ma voisine Nassim, regarder des films / écouter de la musique / jouer sur la mini-télé, bouquiner.
Atterrissage. D'un coup je me sens mal, la tête tourne, le ventre est lourd, je me lève mais j'ai du mal à tenir debout, j'ai l'impression que je vais tomber là, je me sens mal mal mal. On sort, on fait ses adieux, et je suis le flamand pour aller prendre le bus. Se désespérer en passant devant les magasins et les gens moches mornes froids sans intérêts déprimants, montrer le passeport, trouver tant bien que mal l'endroit où doit arriver ma valise, prendre un chariot, attendre.
Mal à la tête, malade malade malade. Boire, boire, boire, avaler un médicament anti-gerbe qui me donne plus la gerbe qu'autre chose j'hurle à l'arnaque, avoir son goût dégueu qui vous reste calé dans le fond de la gorge.
Ma valise arrive enfin tandis que je suis effondrée sur mon chariot, on embarque dans le bus, j'étale mes affaires, j'accepte la bouteille d'eau avec joie, je pleure un bon coup et je me rendors.
Deux heures plus tard. Arrivée à l'aéroport. Chance ultime : le bus a de l'avance. Personne pour m'accueillir là où j'ai déjà le moral à zéro, j'appelle mes parents pour savoir où les attendre, je prends l'ascenseur, et je retrouve les joies de mon pays avec le premier belge croisé depuis 5 semaines: un baraki qui beugle un joli "Auuh Putaaain!" avec le bel accent barlos en passant à côté de moi.
Youpie, bon retour en Belgique, Laura...
Je m'adosse à un poteau, et chapeau enfoncé sur la tête, rideau de cheveux devant les yeux, je fonds en larmes. Je chiale, je hoquète, je craque. C'est dans cet état lamentable que mes parents me retrouvent après 5 semaines sans leur fifille adorée. "Oh, elle pleure..." Petit regard d'animal battu. Je lache un mince "Je veux y retourner" à peine compréhensible en guise de tout "je suis moi de même heureuse de vous retrouver!". Mon homme qui s'est tapé la route pour me faire la surprise de sa présence n'a droit qu'à un "qu'est-ce que tu fous là, toi?", puis on me prend armes et bagages pour retourner vers la voiture tandis que je tente de sêcher mes larmes...
Mais que mon homme se soit finalement déplacé alors que normalement il savait pas, ça m'a fait plaisir. Et plus encore, que mon frangin rebel qui s'la joue habituellement à la "c'trop la honte d'avoir une soeur comme toi!" m'avoue que je lui ai manqué et me fasse un gros câlin, ça m'a énormément touchée.
Et puis, on retrouve les rires et la bonne humeur forcés dans la voiture, à anecdoter, à raconter, à comparer... Tout en gardant le coeur brumeux mais heureux, avec des étoiles intarissables dans le fin fond des yeux.
Il y a l'avant Japon.
Il y a l'après Japon.
On dit que les expériences d'échange marquent votre vie.
Cinq petites semaines. "Ce n'est pas assez!", penserait-on. Pourtant ça l'est suffisamment...
Suffisamment que pour changer quelque chose en vous. Même imperceptiblement. Aussi infime cela soit-il.
Vous ne voyez plus les choses de la même façon. Inexplicablement. Mais très certainement.
Votre regard a changé. Sans savoir expliquer comment ni pourquoi.
Votre coeur est rempli de souvenirs et de sourires nouveaux. Qui ne tariront jamais.
Et même si ça parraît con. Je pense que c'est quand ça a changé quelque chose à l'intérieur, quand vous voyez les choses différemment par rapport à l'avant, qu'on peut dire que l'expérience est réussie...
Le Japon était un rêve.
Un rêve de longue date.
Je voulais m'y rendre pour découvrir sa culture, tester et constater en vrai tout ce que j'avais entendu à son sujet, vivre pendant 5 semaines de façon totalement différente, m'intégrer à une nouvelle façon de vivre, découvrir les traditions... Mais aussi découvrir par moi-même les bons côtés, et surtout, tous les mauvais aspects du pays.
Mission accomplie? Très certainement... Sauf en ce qui concerne le dernier point.
On sait que c'est un pays comme les autres. On se fout de la gueule de ceux qui le considèrent comme un paradis. On est au courant que c'est une société où il fait dur de vivre, avec émancipation difficile de la femme, élitisme, difficultés toujours présentes depuis l'éclatement de la bulle, rigidité, individualisme, traditions à respecter, politesse surexagérée, difficultés dans le monde du travail, ijime, suicides collectifs, enjo kosai, etc etc etc.
Ouais, on sait, tout ça.
Et pourtant?
Quand on en revient, quand on adorait déjà auparavant le Japon sa culture et tout ce qui s'y rapporte, quand on a vécu une expérience formidable sans réellement avoir l'occasion d'être confronté aux mauvais aspects du pays et qu'on était dans une famille adorable...
On se range finalement du côté des abrutis qui considèrent le Japon comme une forme de paradis. Paradis, le mot est très certainement fort, oui, mais le fond y est...
Contradictoire et paradoxal, sans doute. Mais je pense que quiconque est allé au Japon et a vécu expérience similaire à la mienne viendra à ce genre de conclusion stupide. En le pensant sincèrement...
Et je ne peux plus regarder reportage ou film sur le Japon sans avoir une irrémédiable envie de pleurer. Et d'écrire cette page, me rappelant tous ces souvenirs, me donne les larmes aux yeux. Je suis une abrutie sensible. Trop...
Mais ça me manque juste tellement. À chacun sa sensibilité, hum?
J'y retournerais, dès que je pourrais. Voir tout ce que je n'ai pas pu voir cette fois. Approfondir. Redécouvrir. M'émerveiller à nouveau.
J'y retournerais, ouais. C'est certain.
|
|
 |
|